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Wednesday, April 27, 2005

ciné : The Take

Le "pitch" :

Naomi Klein, « prêtresse » des altermondialistes avec son pavé « No Logo » lancée en pleine marre du village planétaire, s’attaque ici au marasme économique et social de l’Argentine provoqué par le pillage dénoncé des capitaux par les entreprises étrangères lors du règne de Carlos Menem (1989-1999)…

La bande annonce

Réalisé par Avi Lewis, Naomi Klein
Film canadien. Genre : Documentaire
Durée : 1h 27min. Année de production : 2004
Date de sortie : 27 Avril 2005

Site Officiel


La politique néo-libérale du gouvernement Menem, si encensée par le FMI, a bel et bien engrangé des bénéfices extraordinaires, mais ces derniers n'ont profité qu'aux grandes sociétés internationales et aux plus riches, c'est-à-dire 10 % de la population.

Loin d’une approche « Michael Moorienne » comme la dénonce certains (Libé par exemple) ce documentaire s’inscrit en effet dans une ligne contestatrice et activiste mais sans pour autant verser dans la démagogie ou le parti pris très subjectif, voire subversif, du réalisateur « multi-primé » à Cannes, aux Cesars, aux Oscars… pour Bowling for Columbine et Fahrenheit 9/11.

L’angle d’attaque est le phénomène de réappropriation de l’outil de travail (usines principalement) par la force de travail (les ouvriers donc) suite à son abandon par le capital (l’industriel).

Le film nous montre la détresse économique de toute une classe sacrifiée sur l’autel de la logique politico-capitaliste avec en toile de fond une mise en garde : « ici nous sommes déjà rendus là où le monde se dirige ». On peut toutefois reprocher à ce message tout à fait empreint d’un accent altermondialiste assumé et revendiqué par les réalisateurs de s’appuyer un peu trop ostensiblement sur des images de souffrances sociales.

Le mérite de ces ouvriers qui luttent pour se recréer eux-même une place au sein de la société capitaliste - dussent-ils employer la manière « forte » et occuper leurs anciennes usines désaffectées et progressivement « nettoyées » de l’outil de travail lui-même – est tout à fait exemplaire à plus d’un titre et vous prend réellement aux tripes.

Mais le film pèche par bonne intention et ne va pas assez en profondeur à propos du modèle coopératif mis en place par ces insurgés du travail. Si ce modèle, sans patron, sans véritable hiérarchie, avec une politique salariale totalement transparente et égalitaire peut en faire rêver plus d’un, quelles en sont les limites ? Nulles traces dans le documentaire qui du coup prend plus un parti de pamphlet filmé que d’un véritable travail de journalisme d’investigation.

Des décisions prises à l’unanimité en assemblée générale… Avec quelques individus, ok. Mais avec plusieurs dizaines, voire centaines ?... Les conflits d’intérêts et leur cortège de lobbying et de jalousies ne risquent-ils pas de refaire surface comme dans toute entreprise, comme dans toute collectivité humaine ?

Dans une organisation coopérative où chacun est maître des orientations prises par l’entreprise, où tous sont sur un pied d’égalité, n’y a-t-il pas toutefois naturellement un quelconque « coordinateur » ou groupe de « meneurs » qui sera un jour tenté d’orienter les décisions collectives selon son propre libre-arbitre ?

Quels débouchés commerciaux pour usine qui se remet en marche et est autogérée par ses ouvriers ? Qui sont les clients ? Qui vend ?

Que l’homme n’ait pas fatalement besoin d’un Pygmalion pour avancer, certes, mais dans quelle mesure n’en devient-il pas lui-même un succédané dès lors qu’il prend le pouvoir et la direction de son propre travail au nom et avec le concours de la collectivité ?

Autant de questions qui restent en suspend à la fin du film. Sa vocation reste donc de nous montrer qu’un « autre monde » est envisageable, la preuve faite par l’exemple. D’accord. Envisageable.

Mais tant que l’on n’expose pas aussi clairement les limites et menaces d’un modèle que l’on en met en avant la réalité et les opportunités, aucune démonstration ne peut se prétendre complète et apporter une solution au problème soulevé.

Mon avis : The Take est donc un très bon film social, interrogatif, démonstratif mais trop peu constructif.

Pour aller + loin :

un blog sur l'argentine

No Logo (2002) : Ed. Actes Sud 11,4€ prix conseillé

3 comments:

Patsy said...

Juste analyse.
Et tant pis pour le coté
'journalisme d'investigation' qui lui fait défaut, le documentaire comme je l'ai ressenti m'a ouvert un horizon ... 'suffisant' pour nourrir une réflexion propre, à contre courant de ce que le discours dominant nous rabache.

Cyrille said...

et c'est bien là l'essentiel de ce genre de démarche en effet... nous permettre d'utiliser un peu plus (à défaut d'un peu mieux) nos méninges...

Merci au passage pour ton commentaire qui est le 1er de cette rubrique ! M'en vais faire un tour sur ton blog du coup tiens ! :-)

Cyrille said...

voici le commentaire d'un internaute qui n'a pas souhaité se créer un compte sur Blogger mais me l'a envoyé par mail.

Profitons-en pour rappeler qu'il n'est pas obligatiore d'être "blogger" pour laisser un commentaire (pour cela choisir "anonymous"

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Il y a effectivement plusieurs limites à ce type
d'organisation coopérative. Ce qui a été fait en
Argentine est basé principalement sur le commerce
local - exit donc le problème des vendeurs. Mais le
problème des vendeurs se pose – ou pas car, pour ma
part, tant que ceux-ci ne demandent pas d’être payé à
commission et qu’il ne considère pas leur travail
comme plus important que tous les autres comme c’est
souvent le cas.

Reste que pour le commerce international ce type
d’organisation pose problème parce que la quantité de
voies et de décisions de vente / marketing à prendre
devient énorme.

Quant à la possibilité ou non de gérer une entreprise
de 300 employés de façon démocratique, je crois -si ma
mémoire est bonne- que c’est démontré dans le film. La
boîte de céramique compte plus de 300 employés.

Bien sûr il y aura des « leaders » qui tenteront de
rallier les autres mais ce sont tous des adultes
capables de faire leurs propres choix et comme le
disait si bien un des travailleurs de l’usine de pièce
de voiture, en démocratie plus on vote souvent plus on
s’habitue à gagner et à perdre.

.jpm

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